Alors que l’économie française continue de progresser à un rythme modéré, les défaillances d’entreprises demeurent à un niveau particulièrement élevé. Au deuxième trimestre 2026, 17 486 procédures collectives ont été ouvertes, soit une hausse de 5,4 % sur un an. Depuis le début de l’année, 37 700 entreprises ont fait défaut, un niveau qui confirme que les difficultés rencontrées par les entreprises françaises ne relèvent plus d’un simple rattrapage post-Covid.
L’étude Défaillance et sauvegardes d’entreprises – 2ème trimestre 20226, publiée par Altares montre toutefois une évolution plus nuancée. Derrière la progression globale des défaillances se cachent des écarts importants selon la taille des entreprises, leur ancienneté, leur secteur d’activité ou encore leur implantation géographique.
Les défaillances restent élevées malgré un ralentissement
La hausse des défaillances ralentit, mais leur volume reste exceptionnellement élevé. Avec 17 486 procédures ouvertes, le niveau dépasse toujours de près de 40 % celui enregistré avant la crise sanitaire, lorsque les défaillances trimestrielles restaient inférieures à 13 000. Autrement dit, la situation ne se dégrade plus aussi vite qu’en 2024 ou 2025, mais elle ne revient toujours pas à la normale.
Par ailleurs, la structure des procédures évolue également. Les redressements judiciaires poursuivent leur progression (5 546, soit +7,1 %), signe que davantage d’entreprises tentent encore de préserver leur activité. À l’inverse, les liquidations judiciaires directes restent largement majoritaires avec 11 591 jugements, représentant 66,3 % des procédures. Les procédures de sauvegarde, quant à elles, demeurent marginales avec 349 ouvertures, soit seulement 2 % de l’ensemble des jugements.
Les TPE continuent de concentrer les difficultés
Comme depuis plusieurs trimestres, les très petites entreprises sont les premières victimes du ralentissement économique. Les entreprises de moins de trois salariés représentent désormais 75 % des procédures collectives, avec 13 185 défaillances, en hausse de 8,3 % sur un an. Ces structures disposent souvent d’une trésorerie plus limitée et absorbent plus difficilement la baisse de la demande ou la hausse durable des coûts d’exploitation. À l’inverse, les entreprises de 3 à 19 salariés enregistrent un léger recul des défaillances (-3,3 %), tandis que les entreprises de plus grande taille restent relativement peu nombreuses dans les statistiques, même si leur évolution mérite d’être surveillée.
Les jeunes entreprises restent les plus vulnérables
Autre enseignement majeur de l’étude : l’ancienneté constitue toujours un facteur déterminant.
Les entreprises de moins de trois ans enregistrent 2 248 défaillances, soit une progression de 12,7 % sur un an. Plus des trois quarts de ces procédures débouchent directement sur une liquidation judiciaire, illustrant la difficulté pour les jeunes sociétés à absorber un environnement économique moins favorable. Cette fragilité touche principalement des sociétés commerciales, notamment dans la restauration, le commerce automobile ou encore certaines activités du bâtiment.
Construction, commerce, services… des situations très contrastées selon les secteurs
Tous les secteurs ne connaissent pas la même trajectoire.
Si la construction semble se stabiliser (4 148 défaillances, -0,8 %), la réalité est beaucoup plus contrastée. Le gros œuvre retrouve des couleurs alors que les travaux publics et surtout la promotion immobilière continuent de subir de fortes tensions.
De même, dans le commerce, certaines activités de détail voient leur situation s’améliorer, tandis que le commerce et la réparation automobile restent particulièrement exposés.
À l’inverse, plusieurs activités de services voient leurs difficultés s’accentuer nettement :
- les services aux entreprises (+13,9 %) ;
- les services aux consommateurs (+15,7 %) ;
- la santé, l’action sociale et l’enseignement (+17,2 %) ;
- l’agriculture (+21 %).
Ces évolutions montrent que les difficultés ne concernent plus uniquement les secteurs traditionnellement fragiles, mais s’étendent désormais à une large partie de l’économie.
La géographie des défaillances évolue
Les disparités territoriales restent fortes.
Six régions métropolitaines enregistrent une baisse des défaillances, parmi lesquelles la Bretagne, la Normandie, le Centre-Val de Loire ou encore Provence-Alpes-Côte d’Azur.
À l’inverse, l’Auvergne-Rhône-Alpes enregistre une progression de 22,9 % des défaillances et 2 418 procédures, tandis que les Hauts-de-France et l’Occitanie affichent également des évolutions supérieures à la moyenne nationale.
Une conjoncture qui fragilise durablement les entreprises
Pour Thierry Millon, directeur des études Altares, la hausse des défaillances ne s’explique plus par les effets différés de la crise sanitaire. Les entreprises évoluent désormais dans un contexte marqué par une croissance modérée, et des coûts d’exploitation qui continuent de peser sur les marges. Les facteurs autrefois pointés du doigt, comme le remboursement des PGE ou les assignations URSSAF, jouent aujourd’hui un rôle beaucoup plus limité.
Dans ce contexte, Altares estime que 34 000 à 35 000 nouvelles procédures collectives pourraient être ouvertes au cours du second semestre 2026.
Camille RENAUD
Content Marketing Manager

