Lors de notre dernier webinar animé par Pierre Congard, Head of European Direct Spend chez SNF, et Nicolas Dauffy, Head of PMM chez Altares, nous avons décrypté les conséquences de la crise du détroit d’Ormuz sur les chaînes d’approvisionnement mondiales. Derrière les tensions géopolitiques, c’est toute la question de la résilience fournisseur qui est remise au premier plan.
Un goulot d’étranglement mondial sous tension
Le détroit d’Ormuz concentre à lui seul une part essentielle des flux énergétiques mondiaux : près d’un quart du commerce maritime de pétrole et 20 % du gaz naturel liquéfié y transitent habituellement.
Depuis le début de la crise, le trafic maritime a fortement ralenti, provoquant une hausse brutale des coûts de transport, des primes d’assurance et du prix du pétrole. Les conséquences se font déjà sentir en Europe : tension sur les prix de l’énergie, inflation, difficultés d’approvisionnement sur des matières stratégiques comme les engrais, le méthanol ou certains produits chimiques.
Les PME sont particulièrement exposées. Près de 80 % des entreprises impactées comptent moins de 50 salariés et disposent souvent de peu d’alternatives fournisseurs.
Le risque invisible : la cascade fournisseurs
Beaucoup d’entreprises pensent être protégées parce que leurs fournisseurs directs sont français ou européens. Pourtant, le véritable risque se situe souvent plus loin dans la chaîne.
Un fournisseur de rang 1 peut dépendre lui-même de fournisseurs de rang 2 spécialisés dans les plastiques, résines ou produits chimiques. Ces derniers s’approvisionnent parfois auprès de fournisseurs de rang 3 directement liés aux matières premières et aux flux énergétiques du Golfe.
Résultat : une perturbation à Ormuz peut se répercuter jusqu’à votre activité, même si aucun de vos fournisseurs directs n’est implanté dans la région.
Du baril de pétrole à la facture finale
La hausse du Brent ne touche pas uniquement les coûts de transport. Elle se diffuse progressivement à l’ensemble des coûts de production.
Produits chimiques, plastiques, engrais ou intrants industriels : tous les secteurs utilisant des dérivés pétroliers subissent une augmentation de leurs coûts. L’impact est souvent retardé de plusieurs mois, ce qui signifie que le pic des conséquences économiques pourrait intervenir bien après la réouverture complète du détroit.
Selon le scénario retenu, les perturbations pourraient durer de quelques mois à plus d’un an, avec des effets prolongés sur l’économie européenne.
Des raisons de rester confiants
Malgré ces tensions, plusieurs facteurs jouent en faveur d’un retour progressif à la normale.
Les initiatives diplomatiques se multiplient, les réserves stratégiques sont mobilisées et des routes alternatives sont progressivement mises en place. Et surtout, les entreprises ont beaucoup appris depuis la crise Covid. La diversification des approvisionnements, le développement du near-shoring (externalisation à l’étranger mais dans des pays proches) et une meilleure visibilité sur les chaînes fournisseurs renforcent aujourd’hui la capacité de résistance des organisations.
Le retour d’expérience de SNF : la résilience par l’anticipation
SNF, spécialiste mondial du traitement et de la préservation de l’eau, fournit plus de 40 000 clients à travers le monde. Pour l’entreprise, l’enjeu est critique : une interruption durable de son activité pourrait avoir des conséquences majeures sur l’approvisionnement en eau potable.
Sa force repose sur un réseau industriel mondial et sur une stratégie de diversification géographique développée depuis plusieurs années. Cette organisation lui a notamment permis de traverser la crise Covid sans interruption de production.
Les enseignements partagés par SNF sont clairs :
- connaître uniquement ses fournisseurs de rang 1 ne suffit plus ;
- cartographier l’ensemble de la chaîne est devenu indispensable ;
- soutenir les fournisseurs stratégiques les plus fragiles peut être un véritable levier de résilience ;
- construire des relations de long terme favorise l’accès prioritaire aux capacités de production en période de tension.
Comme l’ont souligné les intervenants, la résilience se construit avant la crise, pas pendant.
Sortir de la dépendance fournisseurs
La crise actuelle rappelle l’importance de réduire les situations de dépendance à une seule zone géographique, une seule route logistique ou un seul fournisseur.
Les stratégies les plus efficaces reposent aujourd’hui sur trois leviers :
- diversifier les fournisseurs critiques ;
- rapprocher certaines sources d’approvisionnement grâce au near-shoring ou au friend-shoring ;
- investir dans des alternatives aux matières premières les plus exposées.
L’objectif n’est plus seulement d’optimiser les coûts, mais de sécuriser durablement les activités.
Et après Ormuz ? Anticiper la prochaine crise
Pour de nombreux experts, le prochain point de vigilance se situe du côté de Taïwan et de la mer de Chine, où transite près de 40 % du commerce mondial conteneurisé. Une perturbation majeure dans cette région aurait des conséquences encore plus larges, notamment sur les semi-conducteurs, l’électronique, l’automobile et l’industrie.
D’où l’importance d’adopter dès aujourd’hui une démarche proactive de gestion des risques fournisseurs.
Trois priorités pour renforcer sa résilience
Face à ces nouveaux risques, les entreprises peuvent agir selon trois horizons :
Sécuriser
- cartographier les fournisseurs de rang 1, 2 et 3 ;
- identifier les dépendances critiques ;
- constituer des stocks tampons ;
- surveiller la santé financière des partenaires.
Structurer
- qualifier des fournisseurs alternatifs ;
- revoir les clauses contractuelles ;
- mettre en place un monitoring continu des risques.
Transformer
- généraliser le multi-sourcing ;
- développer le near-shoring sur les activités critiques ;
- investir dans des solutions de substitution et d’efficacité énergétique.
Comment Altares accompagne les entreprises
Dans ce contexte, la visibilité devient un avantage concurrentiel.
Grâce à Risk Analytics Supplier Intelligence (RASI), les entreprises peuvent cartographier leurs chaînes fournisseurs, surveiller en temps réel les risques financiers ou opérationnels, identifier des alternatives et prendre des décisions plus rapidement.
Parce que dans un monde où les crises deviennent la norme, la résilience n’est plus une option : elle devient un pilier de la performance durable.
Visionnez gratuitement le replay du webinar du 19 mai, intitulé « Détroit d’Ormuz et envolée du brut : piloter le risque fournisseur en zone d’incertitude ».
Camille RENAUD
Content Marketing Manager


