Dans un contexte économique et social fragile, les experts de la gestion du poste client brandissent leurs armes et en acquièrent de nouvelles pour faire face, en investissant notamment dans de nouvelles technologies de maîtrise du risque.

Des défaillances d’entreprises en hausse

Si l’impact du mouvement des gilets jaunes est moins important que prévu (voir notre article sur le sujet), la France attend encore l’ouverture de nombreuses procédures collectives au cours de l’année 2019, en particulier chez les TPE (moins de 10 salariés), qui représentaient 94% des défaillances l’an dernier. Les PME (plus de 100 salariés) ne sont pas en reste (11,5% de défaillances en 2018, dont 24% au dernier trimestre), tout comme les jeunes entreprises de moins de cinq ans, vulnérables.

Des délais de paiement de plus en plus mauvais

A l’instar de la recrudescence des défaillances, les spécialistes du poste client constatent aussi une forte tendance à la hausse des retards de paiement. Les entreprises ayant souffert de la crise des gilets jaunes, et malgré des commandes nombreuses, manquent de fonds pour financer la reprise d’activité, leur trésorerie est encore très fragilisée. En effet, presque 50% des entreprises de l’hexagone paient leurs factures en retard, en particulier les grandes entreprises, que le name & shame (communication publique de leur statut de mauvais payeur, mise en place sous Sapin 2 en 2016) n’empêche pas de régler leur dû avec plus de 15 jours de retard, quand les petites entreprises affichent un retard moyen de 10 jours. Face à ce constat, la loi PACTE envisage de contraindre les mauvais payeurs à publier leurs condamnations dans la presse.

La consommation à la peine

Outre l’augmentation du nombre de défaillances d’entreprises depuis fin 2018, la France souffre également du ralentissement de la consommation et de l’investissement des ménages, qui a engendré une baisse de la croissance du PIB français, passant de 1,5% en 2018 à 1,2% en 2019.

Les premiers secteurs à être impactés sont le bâtiment, l’automobile, la construction, la distribution, et l’hôtellerie / restauration. Or, le bâtiment est un secteur charnière pour l’économie française, et constitue un indicateur clé de la bonne santé du PIB.

Par ailleurs, l’activité d’exportation française pourrait également être impactée par le ralentissement de la croissance de l’Allemagne et par le Brexit qui pourrait aboutir à un rétablissement des droits de douanes, affectant notamment les équipementiers automobiles.

La gestion du risque client à l’honneur

En parallèle, certaines entreprises (TPE et PME) n’étant plus dans l’obligation de publier leurs bilans complets, les directions financières ont de plus en plus de difficultés à collecter ces bilans et peuvent manquer de visibilité sur leurs clients et partenaires commerciaux. Thierry Millon, Directeur des études Altares, commente « le taux de documents ainsi rendus confidentiels est passé de 34% en 2015 à 54% en 2018, et devrait atteindre cette année 60% ».

L’augmentation du nombre de bilans rendus confidentiels est une opportunité pour les spécialistes de la gestion du poste client et du risque, qui travaillent à améliorer leur processus d’analyse en proposant notamment des prestations d’intelligence artificielle. De plus, les assureurs-crédit – qui attirent de plus en plus de clients – développent leur réseau d’arbitres, qui interviennent au sein des entreprises en difficulté afin d’examiner chaque situation et proposer des solutions personnalisées et adaptées.

Pour faire face à ces retards, bon nombre de grandes entreprises font appel à des factors, pour bénéficier de solutions d’affacturage qui leur permettent d’exclure leur poste client, en totalité ou partiellement, de leur actif. Les PME y voient aussi un intérêt pour développer leur activité et disposer d’un service de recouvrement des factures impayées.

Malgré la faible croissance du secteur de l’information d’entreprise, on constate que de nombreuses entreprises tendent à renforcer leur gestion du risque client et fournisseur, une tendance influencée par la situation économique et sociale de certains pays voisins comme l’Angleterre. Outre les problématiques liées à la prévention du risque de défaillance, les entreprises attachent de plus en plus d’importance à des thématiques telles que la conformité, les contraintes réglementaires, et la lutte contre le terrorisme et contre le blanchiment d’argent, souligne Thierry Millon.

Cap sur la data science pour gérer le risque

Les spécialistes de l’analyse et de la gestion du risque font appel à la data science pour prévenir, constater et résoudre les problèmes liés aux retards de paiement qui entrainent trop souvent des défaillances d’entreprises. Ils entendent bien, par leur expertise et leur technologie avancée, convaincre les entreprises des bienfaits de l’externalisation de la gestion du risque et du recouvrement de créances. L’intelligence artificielle déployée par ces prestataires leur permet non seulement de surveiller de près les risques, mais aussi – et ce grâce à des algorithmes d’apprentissage – d’utiliser le machine learning à des fins d’analyses prédictives sur la santé financière des entreprises. Il ne s’agit donc pas seulement d’un état des lieux, il s’agit aussi et surtout de prédire l’avenir et d’ajuster les analyses en fonction du contexte économique, du risque pays, du risque sectoriel et bien entendu, du risque client. Le machine learning contribue par là à améliorer la performance des scores de prédiction de défaillance.