Depuis 2014, les « Assises des délais de paiement » sont un rendez-vous incontournable pour les acteurs du paiement, credit managers mais aussi toute entreprise soucieuse de ses pratiques en matière de paiement. Les Prix valorisent chaque année les efforts des entreprises vertueuses et les bonnes pratiques dans le domaine.

Cette année, les Assises des délais de paiement sont reportées, en raison de la crise de Covid-19. Pour patienter, les Assises ont organisé le 13 mai un webinar intitulé « Regards croisés avec le Médiateur des Entreprises », animé par Jérôme Mandrillon, Délégué Général des Assises et Prix des Délais de Paiement, Rachid Arhab, journaliste habitué des Assises, et recevaient Pierre Pelouzet, Médiateur des entreprises, Eric Scherer, Président de l’AFDCC, et Charles Battista, Président de la Figec et Directeur Altares – Dun & Bradstreet.

Les délais de paiement en période de crise : une fatalité ?

Rachid Arhab évoque trois termes en parlant de la crise sanitaire et économique de Covid-19 que nous rencontrons actuellement : sidération, résilience, et solidarité. Une fois la phase de sidération passée et intégrée, la résilience face à la situation permet d’accepter et de s’adapter à des règles nouvelles. La solidarité est plus que jamais de mise pour aider les entreprises, grandes, moyennes mais surtout petites, à passer ce cap difficile et à échapper au dépôt de bilan. On le sait, la défaillance menace de nombreuses entreprises dans les semaines et mois à venir, mais doit-on pour autant jeter l’éponge ? Si non, comment faire face ?

Le Médiateur des entreprises

Pierre Pelouzet rappelle la mission du Médiateur des entreprises : il s’agit d’un service public qui intervient entre les entreprises mais aussi les acteurs publics, pour préserver ou rétablir la confiance, et gérer les problématiques de retards de paiement, rupture de contrat, problèmes de propriété intellectuelle et pénalités, par la conciliation. En pratique, un réseau de près de 70 médiateurs intervient en France pour accompagner les entreprises qui le saisisse, de manière confidentielle et gratuite, et entrer en contact avec les parties concernées, dans une démarche qui ne repose pas sur la sanction, mais sur la médiation. Une méthode qui a fait ses preuves puisque les ¾ des cas soumis à la médiation se soldent par un accord satisfaisant pour les différentes parties. Face à l’afflux considérable des demandes depuis le début de cette crise (x10 depuis le 16 mars), concentrées essentiellement autour des retards de paiement, le Médiateur des entreprises a créé un comité de crise, réunissant les acteurs structurants de l’économie française (organisations socioprofessionnelles représentatives des entreprises, AFEP, CPME, U2P, chambres de commerce, MEDEF, DGCCRF…). Ce comité se réunit chaque semaine depuis le début de la crise, qui est certes en train de créer des dégâts économiques considérables, mais l’espoir repose sur un changement qui mènerait à plus de solidarité interentreprises. De la même façon, il est également possible de saisir la Médiation du crédit si vous rencontrez des problèmes avec votre banque ou votre assureur crédit.

L’AFDCC au secours des credit managers

Eric Scherer, Président de l’AFDCC (Association Française des Credit Managers et Conseils), a pris la parole pour aborder le sujet du comportement de paiement des grandes entreprises, les moins fragilisées par la crise. On pourrait s’attendre à ce qu’elles continuent d’adopter un bon comportement de paiement même en ces temps de crise, notamment au regard des aides d’État qui leur ont été octroyées. Un constat cependant : la plupart de ces grandes entreprises ont dégradé de façon considérable leur comportement de paiement. Les credit managers ont perdu leurs repères habituels, et constatent de plus en plus de retards de paiement inattendus. L’AFDCC se fait donc un devoir d’aider les clients les plus fragilisés, en pressant les importants donneurs d’ordre (qui peuvent se le permettre) d’adopter le meilleur comportement de paiement possible. La fin du mois de mai devrait être un moment crucial pour constater le retour ou non à une certaine normalité, condition sinequanone à la sauvegarde de notre économie.

La Figec, acteur de la médiation

Charles Battista, Président de la FIGEC (Fédération nationale de l’Information d‘entreprise, de la Gestion de créances et de l’Enquête Civile) pose la question du financement de la reprise. Cette problématique est la pierre angulaire de la Figec, qui accompagne les entreprises dans la gestion de leurs risques clients et les aide à sécuriser le crédit interentreprises. Quelques chiffres de l’actualité économique française: effondrement du PIB de 5,8% depuis le début de la crise, consommation en recul de 4,9%, – 6,1% d’investissements, -35% d’activité, avec des secteurs plus touchés, jusqu’à -90% (restauration, événementiel, commerce, construction, aéronautique en particulier). Les experts annoncent un PIB français en chute de 15 à 20% sur le deuxième trimestre 2020, et de 9% sur l’année, si toutefois la reprise se passe bien. La quasi-totalité des entreprises ont bloqué leurs paiements le 16 mars en réponse au dispositif de l’État leur permettant. Ainsi, même si la situation des paiements en avril s’est améliorée par rapport à fin mars, le nombre de retards de paiement reste bien trop important : 35% des entreprise paient à l’heure à fin avril (vs 39 en avril 2019 39%, 43% en avril 2018, malgré plusieurs crises). La Figec a mis en place des offres solidaires pour permettre aux entreprises via des accès gratuits, d’obtenir des informations pour identifier en amont les mauvais payeurs.

Par ailleurs, quid des données sur les entreprises, telles que celles d’Altares ? Les sociétés d’informations n’ont pas gelé leur scoring mais analysé la situation et constaté qu’il est très délicat de baisser les scores en ce moment. On ne peut en effet pas sanctionner des entreprises en difficulté du fait de cette crise sans précédent. Les choses vont évoluer à la reprise qui va connaître une phase de convalescence : c’est à ce moment là qu’il faudra identifier les véritables mauvais payeurs et ceux qui sont menacés par la faillite. Un double défi attend les entreprises : mettre en place de nouvelles contraintes de sécurité mais aussi assurer le remboursement des aides consenties par L’État, notamment lors du report de charges. En effet, 450 000 milliards d’euros sont à récupérer auprès des entreprises : de quoi financer la reprise.

La confiance, clé de la reprise ?

Quoi qu’il en soit, on attend vraisemblablement des vagues de défaillances des TPE et PME les plus fragiles d’ici à cet été, à la rentrée ou encore l’année prochaine, il faut désormais miser sur la confiance entre les entreprises et acteurs publics pour relancer l’économie. Pierre Pelouzet parle d’ailleurs de la confiance gagnée par l’État avec ce plan massif destiné aux entreprises (chômage partiel, prêt garanti par l’Etat, report des charges, fonds de solidarité). Le système bancaire a tenu, aidé par l’État et la Banque Centrale Européenne. La majeure partie de la trésorerie des entreprises est constituée des paiements de leurs clients et partenaires : les entreprises vont avoir un besoin urgent de trésorerie, qui ne pourra être satisfait que si les paiements sont réalisés à temps. Sans trésorerie : pas de redémarrage. En conclusion, payez le plus tôt possible, et si vous en avez la possibilité, versez des avances, notamment dans le privé.

Vous pouvez visionner le replay de ce webinar dans son intégralité :