Le 19 mai dernier, l’Observatoire COM MEDIA organisait un webinar intitulé « La filière de la communication face au Covid-19 : premières observations, impacts, mesures et perspectives. »

Pierre Pelouzet, Médiateur des entreprises, Dominique Scalia, Président de l’Observatoire COM MEDIA, et Thierry Millon, Directeur des études Altares ont partagé leurs analyses.

Quels sont les impacts du Covid-19 sur la filière de la communication ?

La filière de la communication constitue un pont majeur dans l’économie nationale, avec ses 46 000 entreprises, réparties en 4 secteurs d’activité : les agences, les médias, l’événementiel et les entreprises et industries de la communication.

L’économie de la filière de la communication était déjà en proie à une situation difficile dès le premier trimestre 2020, difficultés qui se sont largement accentuées avec la mise en place du confinement, qui a entraîné une chute vertigineuse et jamais vue des chiffres d’affaires d’entreprises, de l’ordre de 60 à 80%. L’événementiel a été instantanément mis à l’arrêt au 12 mars, tout comme les salles de cinéma, et l’affichage extérieur a été sérieusement impacté.

L’emploi dans cette situation est devenu source d’importantes inquiétudes.

La Médiateur des entreprises en période de Covid-19

Le Médiateur des entreprises est un élément déterminant au sein de l’Observatoire COM MEDIA, avec qui il œuvre de concert. Pierre Pelouzet, Médiateur des entreprises, rappelle que la Médiation est le fruit de la crise de 2008-2009, et que son rôle est d’autant plus flagrant en période de crise : avant le Covid-19, les sollicitations et les saisies adressées au Médiateur représentaient environ 60 demandes par semaine (avant mi-mars), elles sont passées à 500/600 par semaine (à partir de mi-mars). Les problématiques majeures rapportées portent évidemment sur le paiement des factures (retards, annulations), une situation qui était attendue mais dans des proportions moindres. Beaucoup d’entreprises ont également dû faire face à des ruptures brutales de contrats.

État des lieux de la filière de la communication

Thierry Millon revient sur la situation de la filière communication. Le premier trimestre 2020 a bien démarré pour la filière et pour l’économie française dans son ensemble (voir notre étude Défaillances et sauvegardes d’entreprises en France T1 2020) avec un niveau de défaillance en recul, mais cependant une prédiction de Thierry Millon de 54000 défaillances à fin 2020, soit +3 à 4%. Avec cette crise, ce nombre risque d’être dépassé. Si le nombre de défaillances global en avril était très inférieur à celui de 2019 et avant, avec 1200 défaillances, soit 4 fois moins qu’avril 2019, il faut noter toutefois la fermeture des tribunaux qui a mis en stand by les procédures. L’économie va mal mais l’assouplissement des textes de loi (ordonnance n°2020-596 du 20 mai 2020  notamment) profitent aux entreprises en difficulté uniquement depuis le 12 mars : jusqu’au 23 août, une entreprise pourrait ne pas être considérée en état de cessation de paiement si elle ne l’était pas au 12 mars.

Les bonnes pratiques en matière de délais de paiement en période de crise

Pierre Pelouzet constate 3 cas de figure en matière de délais de paiement depuis le début du confinement en France :

  • les grandes entreprises, nombreuses, qui ont cessé de payer malgré la possibilité de le faire,
  • les entreprises qui paient comme à leur habitude,
  • et les grandes entreprises et des ETI qui ont accéléré leurs paiements pour aider les petites entreprises les plus fragiles (une bonne pratique à imiter).

Dominique Scalia souligne que les délais de paiement représentaient l’inquiétude de départ de la crise pour la filière de la communication, une inquiétude qui s’est finalement calmée face à une situation meilleure que redoutée. La médiation s’en est en effet saisie rapidement et les acteurs de la filière sont par ailleurs engagés sous l’égide de l’Observatoire et d’une démarche d’achats responsables, bien en amont de la crise.

Toutefois, les entreprises ont besoin de cash pour relancer leurs affaires : c’est la raison pour laquelle les entreprises qui le peuvent sont encouragées à verser des avances sur paiement, notamment aux entreprises de petites tailles, les plus fragiles qui, actuellement en redémarrage, connaissent une forte pression sur leur trésorerie.

La médiation a d’ailleurs lancé une campagne nationale #DefiEntreprisesSolidaires, qui propose aux entreprises de relayer leurs actions solidaires sous forme de courtes vidéos.