En amont des Assises des délais de paiement qui se sont tenues le 28 octobre, l’AFDCC et la FIGEC ont organisé le 7 octobre dernier un webinar intitulé « Anticiper son recouvrement et faire face à l’impayé en temps de crise ». Jérôme Mandrillon, délégué général des Assises des délais de paiement a animé ce webinar qui a donné la parole à Euler Hermes, partenaire des Assises, sur une thématique en rapport avec l’enjeu national des délais de paiement. Au travers de leur expertise, Selin Ozyurt et Jérôme Guimbretière ont apporté leur éclairage sur la situation économique française, les scénarios de reprise économique et le recouvrement en temps de crise.

Par ailleurs, les thématiques de ces webinars ont été développées durant la 7ème édition des Assises des délais de paiement qui s’est déroulée le 28 octobre, et pour lesquelles nous vous proposerons une synthèse très prochainement.

Perspectives économiques

Selin Ozyurt, Économiste zone France et Afrique – Euler Hermes

Les clés du recouvrement

Règle numéro 1 en matière de recouvrement de créances : agir vite, surtout en temps de reprise économique où les entreprises ont un besoin encore plus grand de trésorerie. La France a connu un choc inédit du côté de l’offre et de la demande, avec la mise à l’arrêt totale de nombreuses activités, et la baisse quasi intégrale de la consommation. Durant le confinement, il y avait plus de stocks que de commandes, or pour une relance réussie, il faut un ratio négatif : plus de commandes que de stocks, ce qui n’est pas encore le cas, nous ne sommes qu’au tout début de la reprise (ébranlée une nouvelle fois par le nouveau confinement).

La confiance : facteur clé de la reprise

Les entrepreneurs n’ont toujours pas retrouvé leur confiance d’avant-crise, qui leur permettrait d’investir (sans trésorerie, pas de confiance en l’avenir).

Par ailleurs, la crise frappe inégalement les différents secteurs d’activité : les services sont beaucoup plus affectés en termes de chiffre d’affaires et de confiance que l’immobilier ou la construction, pour lesquels l’activité a repris beaucoup plus rapidement post-confinement.

Quant au commerce de détail, la France s’est distinguée par son fond de roulement de la consommation lors du déconfinement, avec une reprise très rapide et forte de la consommation en juin et juillet, une consommation qui peut être qualifiée de rattrapage (notamment pour les achats automobiles). Puis, en août, la consommation a de nouveau ralenti, et même diminué au mois de septembre.

Concernant la confiance des ménages, celle-ci est également en berne, avec des niveaux éloignés de ceux d’avant crise Covid-19, car les foyers sont inquiets quant à leurs perspectives d’emploi, et consomment donc nettement moins qu’auparavant. La confiance des consommateurs est primordiale pour consommer l’épargne précautionnelle. L’intention d’épargne des ménages pour les 12 prochains mois a très fortement augmenté.

Le plan de relance français

Le plan de relance annoncé en septembre, à hauteur de 100 milliards d’euros a pour objectif d’aboutir à une croissance du PIB de 2,4 points en France. Il s’agit d’un plan de relance de longue durée pour restructurer notre économie, avec un impact attendu sur 2021 d’1 point de croissance

Les prévisions de l’INSEE estiment à 900 000 le nombre d’emplois perdus d’ici la fin 2020, et le plan de relance estime créer 240 000 emplois d’ici 2021.

En mars, des mesures de soutien du Gouvernement à hauteur de 110 milliards ont déjà été mises en place : chômage partiel, report de charges, enveloppe PGE de 300 milliards dont 120 milliards alloués réellement, le dispositif prendra fin de l’année. Ces aides ont amorti le choc pour beaucoup d’entreprises rencontrant déjà des problèmes de trésorerie, en particulier les PME qui ne disposaient avant-crise que de 3 mois de trésorerie d’avance au maximum. Le gouvernement avait également prévu une enveloppe spécifique aux secteurs les plus affectés par la crise que sont le tourisme, l’aéronautique et l’automobile. Ce plan de relance va malheureusement creuser le déficit commercial de la France de 12 milliards (vs 3 milliards en Allemagne), le pays étant très dépendant des importations pour investir et consommer. Il existe en effet une forte relation entre croissance, importations et exportations.

Les perspectives de croissance pour 2021

On ne devrait constater de retour aux niveaux d’avant-crise avant le 2ème semestre 2021, qui devrait enregistrer un rebond de moins de 7%. Même si le nombre de défaillances d’entreprises a baissé (en raison des aides de L’État principalement), la France n’est pas pour autant à l’abri, le nombre de défaillances de très grosses entreprises étant quand à lui en hausse (entreprises avec un chiffre d’affaires de plus de 15 millions d’euros).

Les bonnes pratiques pour anticiper son recouvrement et faire face à l’impayé en temps de crise

Jérôme Guimbretière, Responsable d’Agence recouvrement – Euler Hermes

Focus sur les délais de paiement

1/3 des entreprises subissent actuellement des retards de paiement, dont les 2/3 sont supérieurs à 60 jours. En 2020 en France, les délais de paiement moyens s’élèvent à 73 jours, la France fait partie des 10 pays où les délais de paiement sont les plus longs au niveau mondial !

La situation post Covid-19

A l’heure actuelle, le niveau mondial du besoin en financement des entreprises a augmenté de 5 points, et les délais de paiement de 2 jours, passant de 64 à 66 jours. Les retards et impayés entrainent des conséquences lourdes sur les entreprises.

Les meilleurs pratiques en matière de prévention des impayés

5 règles à suivre pour prévenir les impayés :

  • vérifiez l’identité de votre client,
  • collectez les bons renseignements en amont,
  • faites signer vos Conditions Générales de Vente et établissez une facture en bonne et due forme,
  • conservez tous les justificatifs pour un dossier de recouvrement complet,
  • définissez les conditions de paiement claires et assurez-vous qu’elles sont bien communiquées à vos clients.

Soyez proactif et réactif.

Les bons réflexes pour optimiser son recouvrement

  • conservez les éléments relatifs à la vente : coordonnées, informations bancaires, CGV, bons de commande et de livraisons signés, contrats, factures, relevés de compte…
  • relancez votre client quelques temps avant pour lui rappeler les échéances qui arrivent,
  • après l’échéance : ne laissez pas le temps passer, réagissez au plus vite en contactant le client pour le relancer, et mise en demeure en recommandé.

La rapidité est un facteur clé de succès.

Plus on tarde à envoyer son dossier contentieux, moins les chances de recouvrement sont élevées.

Recouvrement amiable vs recouvrement judiciaire

Il peut être pertinent de transmettre son dossier contentieux à une société de recouvrement, avec comme bénéficies : gain de temps, optimisation du taux de récupération, neutralité menant à un meilleur dialogue.

Euler Hermes dispose de 2 moyens de recouvrement : amiable et judiciaire.

  • Amiable : solution privilégiée car moins longue, moins coûteuse et en accord avec l’objectif de préservation de la relation commerciale. Après envoi d’une mise en demeure contenant les informations sur la société de recouvrement, le juriste entre en relation avec le client pour obtenir le paiement de la créance le plus rapidement possible. Les sociétés de recouvrement ont parfois recours à des négociateurs terrain qui rencontrent le débiteur en direct.
  • Judiciaire : quand les négociations amiables ont échoué ou s’avèrent trop compliquées, il est alors conseillé de recourir au judiciaire. La première étape est le dépôt d’une injonction de payer auprès du tribunal de commerce dont dépend votre client, le tribunal rend ensuite son jugement, avant qu’un huissier ne signifie et ne fasse exécuter la décision du tribunal. Un échéancier peut être mis en place pour le remboursement des créances, les tribunaux pouvant accorder un délai de paiement total jusqu’à 24 mois.

Retrouvez l’intégralité du webinar dans la vidéo du replay :