Interview croisée entre Nicolas Flouriou (ancien président et trésorier de l’AFDCC) et Nicolas Dauffy (Head of Product Marketing – Altares).
Bonjour Nicolas Flouriou. La réforme de la facturation électronique arrive bientôt. Quel est le niveau de préparation des entreprises ?
Nicolas Flouriou : Les retours terrain sont clairement mitigés : le niveau de préparation est très hétérogène selon la taille des entreprises.
D’un côté, les grandes entreprises ont déjà l’habitude de travailler sous format électronique via des flux EDI. Mais la réforme impose un changement de cadre : nouvelles mentions obligatoires, nouvelles modalités de transmission via des plateformes agréées… Ce n’est pas une simple continuité.
Pour ce type de projet, il faut compter entre 12 et 24 mois. Les grandes entreprises qui s’y mettent seulement maintenant sont déjà en retard.
De l’autre côté, pour les PME et entreprises de petite taille, les enjeux sont différents. En effet, un tiers d’entre elles ne disposeraient pas d’un logiciel comptable réellement adapté. Avant même de parler de connexion à une plateforme agréée, il faut souvent choisir ou moderniser l’outil comptable, structurer les processus, et travailler en profondeur sur la qualité des données.
Deux préjugés freinent encore la préparation des entreprises :
1. Une facture PDF n’est pas une facture électronique. La réforme impose un format structuré et des données normalisées. Un PDF ne suffit pas.
2. Les plateformes ou l’INSEE ne corrigeront pas les erreurs. Elles ne vont pas deviner le bon SIREN ni retraiter les informations erronées. La responsabilité de la qualité des données reste celle de l’entreprise.
D’ailleurs, on parle beaucoup des plateformes, mais pas beaucoup des données. Altares, en tant que spécialiste de la donnée, que pouvez-vous nous dire sur le sujet ?
Nicolas Dauffy : Le sujet central reste pourtant la donnée. Un chiffre clé : environ 30 % des données d’une base changent chaque année. Une base correcte à un instant T peut devenir partiellement obsolète quelques mois plus tard.
Cela pose trois enjeux majeurs :
1. La nécessité de mise à jour continue des bases : Les mentions légales obligatoires doivent être exactes car une donnée erronée peut rendre une facture non conforme.
2. L’homogénéisation des données dans les systèmes : Les entreprises utilisent plusieurs outils : CRM, ERP, logiciels comptables… Et si les données divergent d’un système à l’autre, quelle est la « bonne » information envoyée ? Sans harmonisation, le risque d’erreur augmente fortement.
3. Les risques cachés, au-delà des sanctions : On parle souvent de la sanction de 15 € par facture non conforme. Mais les impacts les plus lourds sont ailleurs : retards de paiement, désorganisation interne, perte de productivité, dégradation de la relation client, atteinte à la réputation.
La réforme impose donc une vraie gouvernance de la donnée.
Souvent, ces projets sont pilotés par la DSI ou la DAF.
Pourtant, selon les intervenants, la réforme est avant tout un projet d’entreprise.
Quel est le rôle du credit manager dans la réforme de la facturation électronique ?
Nicolas Flouriou : Les Credit Managers ont un rôle central pour plusieurs raisons.
D’abord, ils sont spécialistes de la donnée financière (et une facture, ce sont des données financières) et savent comment utiliser cette donnée pour créditer et facturer.
Ensuite, ils sont à la croisée des mondes : droit, technique, juridique, commerce… Ils coordonnent, expliquent, traduisent les enjeux techniques en impacts business.
Ils peuvent expliquer pourquoi certains choix sont structurants, anticiper les conséquences sur les délais de paiement, porter une vision transversale.
La facturation électronique devrait aussi avoir un effet bénéfique sur les délais de paiement. Elle ne supprimera pas les mauvais payeurs, mais elle pourra réduire les délais cachés liés aux erreurs d’émission, aux rejets, aux problèmes de transmission…
En définitive, et au-delà de la conformité, la réforme est une opportunité de modernisation pour les entreprises. Elle est contraignante, mais elle représente aussi :
- une modernisation des processus administratifs ;
- une meilleure maîtrise de la donnée ;
- une amélioration de l’efficacité opérationnelle ;
- un recentrage des équipes sur des tâches à plus forte valeur ajoutée.
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