Convention USF 2022 les 5 et 6 octobre à Lyon

Partager l'article :

Retrouvez dans cet article :

Avec la crise économique liée au Covid-19 qui sévit encore en France et dans le monde, les délais de paiement sont plus que jamais un sujet d’inquiétude pour des millions d’entreprises dont la trésorerie et les revenus sont mis à mal. Nous arrivons au terme de l’année 2021, la situation reste toujours critique, et il est essentiel de faire le point sur les délais de paiement des entreprises.

Les délais de paiement, un enjeu national

Malgré la crise qui fait rage, les retards et délais de paiement sont restés limités dans l’hexagone, une surprise pour beaucoup ! Jeanne-Marie Prost, Présidente de l’Observatoire des délais de paiement a remis fin septembre son rapport sur les délais de paiement en France. Voici ce que nous en retenons.

2020, que s’est-il passé ?

2020 a été marquée par une forte dégradation des délais de paiement au 2ème trimestre et à l’été (15 jours), mais cette situation n’a pas perduré et le tir a commencé à être corrigé fin 2020, une tendance qui s’est confirmée en 2021. Cette dégradation limitée sur l’année est en grande partie le résultat d’une réponse rapide de l’État français à la crise, au travers des PGE (140 milliards), du report de la date de cessation de paiement, et de la réactivité des systèmes bancaires. De leur côté, nombre d’entreprises ont su se montrer exemplaires dans leur comportement de paiement, preuve d’une solidarité interentreprises. Tous les secteurs d’activité ne sont pas impactés de la même manière : le commerce-hôtellerie et la restauration sont beaucoup plus frappés par les difficultés de paiement que l’industrie et les transports.

Quels moyens mis en œuvre contre les retards de paiement ?

Depuis des années, l’administration des finances publiques est engagée dans un processus de modernisation des procédures pour accélérer les paiements, amélioration qui devrait être particulièrement marquée pour l’ensemble des organisations non seulement publiques, mais aussi privées, avec l’obligation prochaine de facturation électronique au 1er juillet 2024 pour les grandes entreprises, en 2024 pour les ETI, et en 2025 pour les PME, ce qui devrait aussi faciliter les contrôles fiscaux. Ce processus de modernisation des moyens de paiement a déjà permis d’enregistrer en 2020 et ce malgré la crise, des résultats significatifs : l’État a baissé son délai global de paiement de 2 jours (17 jours). Malheureusement cette baisse n’a pas été constatée pour les hôpitaux. De plus, d’Observatoire plaidait depuis de nombreuses années pour que les données des collectivités sur les délais moyens de paiement soient disponibles pour les entreprises : cela doit être fait dans les mois qui arrivent. Malgré des résultats meilleurs que redouté, trop de grandes entreprises adoptent encore des comportements de paiement inacceptables, en dépit du name & shame et des sanctions pouvant atteindre 2 millions d’euros.

Le Médiateur des entreprises

Pierre Pelouzet, Médiateur des entreprises, a plus que jamais un rôle très important à jouer, en rencontrant les entreprises qui le sollicitent pour trouver un accord sur des retards de paiement concernant un tiers. La Charte relations fournisseurs responsables a logiquement été actualisée en octobre 2021, pour devenir la charte Relations Fournisseurs et Achats Responsables (RFAR). A fin 2019-début 2020, le nombre de dossiers du Médiateur était stable, mais a explosé à mars 2020 (début de la crise), pour atteindre un total 10 fois plus élevé jusqu’au moins de juin ! Pour faire face, le Médiateur a mis en place un comité de crise, menant des actions percutantes envers ceux qui ne jouent pas le jeu (les grandes entreprises et administrations) mais valorisent aussi les bonnes pratiques. Ce comité, toujours actif, se compose des principaux représentants des structures économiques tels que l’AFEP, le MEDEF, la CPME, up2pay, les chambres de commerce et les chambres des métiers qui font remonter un grand nombre d’informations : les bons et les mauvais payeurs (surtout entreprises, très peu les administrations).

Quelles entreprises sont en difficulté ?

3 typologies d’entreprises sont en grande difficulté :
  • les grandes entreprises, aidées par le Médiateur dans l’obtention de leur PGE,
  • les entreprises désorganisées, qui doivent se ressaisir et montrer les preuves de leurs efforts,
  • les entreprises qui ont volontairement opté pour le retard de paiement, pour conserver leur trésorerie ; celles-ci ont été sommées de changer leur comportement dans les plus brefs délais.
Notons par ailleurs que ces difficultés sont accentuées par la hausse fulgurante des matières premières depuis la reprise, et les retards de livraison. Certains pays européens s’en sortent beaucoup mieux que la France, qui doit s’améliorer pour devenir leader dans ce domaine. Pour les achats responsables, la France dispose d’un observatoire, la norme iso 20400 portée au niveau mondial. Elle donne des directives pour un parcours vers des achats responsables, et un auto diagnostic pour mesurer et comparer ses performances aux exigences de la norme. Par ailleurs, les victimes de retards de paiement ne doivent pas hésiter à sanctionner (pénalités). 2021 verra surement un recul des défaillances d’entreprises, mais la capacité des entreprises à rembourser leur PGE tout en restant solvables suscite l’inquiétude, avec un risque majeur de difficulté à rembourser ses emprunts. De plus, il ne faut pas nécessairement se fier aux défaillances pour anticiper les mauvais comportements de paiement, les deux n’étant pas systématiquement corrélés.

Panorama des délais de paiement

Gilles Lambert, Responsable du programme d’échange sur les délais de paiement DunTrade Le programme DunTrade permet de capter les informations sur les délais de paiement des entreprises par la collecte des données comptables fournies par les partenaires mondiaux DunTrade. Au travers de ces données, on peut notamment observer les retards critiques au faible taux de recouvrement : ceux-ci sont passés de 5,7 à 6,5% de paiements à plus de 3 mois, ce qui représente une augmentation modérée pour cette période de crise. La France fait mieux que la moyenne européenne avec 2 jours de moins, ce qui représente tout de même un retard moyen de 12,6 jours vs 14,4 jours pour l’Europe au 2ème trimestre 2021.
Les Pays-Bas et l’Allemagne sont dans le peloton de tête avec respectivement 4 et 6,7 jours de retard de paiement. La Belgique fait mieux que la France avec 11,7 jours contre 12,6 jours pour la France. Derrière, les mauvais payeurs se disputent les dernières places, avec le Royaume-Uni et ses 14,5 jours, l’Irlande 15,5, l’Espagne 15,6, et loin derrière l’Italie avec 18,8 jours, mais le plus mauvais payeur est sans conteste le Portugal avec 26,6 jours de retard de paiement ! Les retards ne sont pas non plus égaux en fonction du secteur d’activité. Le taux des retards de paiement de plus de 30 jours se répartissent comme suit :
  • Construction :
    • France : 6,6%
    • Europe : 7,7%
  • Industrie :
    • France : 6,6%
    • Europe : 7,3%
  • Transport :
    • France : 11,4%
    • Europe : 9,1%
  • Commerce de gros :
    • France : 8,8%
    • Europe : 7,9%
  • Services :
    • France : 11,2%
    • Europe : 8,9%
  • Commerce de détails :
    • France : 14,4%
    • Europe : 15,3%
N’hésitez pas à visionner le replay de l’intervention de Gilles Lambert lors des Assises des Délais de Paiement du 26 octobre 2021.