Les défaillances d’entreprises reculent encore de 72% sur les quinze premiers jours de mai. Plus de 15 200 emplois ont ainsi été sauvés.

En avril dernier, Altares dévoilait les chiffres des défaillances d’entreprises du premier trimestre 2020, après un mois de confinement lié à la crise sanitaire et économique de Covid-19. Contre toute attente, la situation demeurait bonne, meilleure même qu’un an auparavant, en raison notamment des aides de l’État et de la fermeture des tribunaux. La vague de sinistres redoutée n’aura sans doute pas lieu avant l’été. Aujourd’hui, après huit semaines au ralenti voire à l’arrêt, les entreprises françaises sortent du confinement et font face.

Thierry MILLON, Directeur des études Altares, commente les derniers chiffres.

« La France est marquée par huit semaines de confinement. Cette mise à l’arrêt d’une partie de l’économie aura favorisé le recul de l’épidémie, mais salariés et entrepreneurs ont dû faire face à un environnement bouleversé qui aurait pu les conduire à la défaillance. En réalité, les jugements d’ouverture de redressements judiciaires ou de liquidations directes n’étaient pas tombés aussi bas depuis 30 ans. ».

10 500 entreprises préservées

2400 entreprises sont entrées en procédure collective pendant les huit semaines de confinement. C’est 75% de moins qu’un an plus tôt sur la période de mi-mars à mi-mai. Depuis le début de l’année, sur quatre mois et demi, 13 000 entreprises ont connu la défaillance. Par rapport à la même période 2019, 10 500 entreprises ont été préservées. Ce fort recul du nombre de jugements prononcés a naturellement épargné des milliers d’emplois, plus précisément 15 200 (48 600 contre 63 800). « Cette “résilience” a été rendue possible par les effets conjugués des aides publiques et d’un aménagement, dans le cadre de la loi d’urgence sanitaire, des textes encadrant la difficulté des entreprises. Encore ce mois-ci, l’ordonnance n°2020-596 du 20 mai 2020 vient, notamment, renforcer les dispositions de l’ordonnance n°2020-341 du 27 mars 2020 et, dans son article 9, délimite au 23 août 2020 inclus la date butoir de fin de période durant laquelle l’état de cessation des paiements d’une entreprise est apprécié au regard de sa situation financière au 12 mars 2020. Formulé différemment, cela signifie que jusqu’au 23 août, une entreprise pourrait ne pas être considérée en état de cessation de paiement si elle ne l’était pas au 12 mars. ».

Une accalmie temporaire

Ce ralentissement de l’activité judiciaire ne doit cependant pas masquer la force de la crise à laquelle sont et seront encore confrontées les entreprises. Nombre d’entre elles étaient en difficulté avant l’épisode Covid-19. La sinistralité entrepreneuriale devrait rester contenue encore quelques semaines  grâce aux aides du Gouvernement, avant de lourdement augmenter. « Les entreprises tiennent aujourd’hui sous perfusion mais ne pourront pas résister une fois l’assistance débranchée. » alerte Thierry MILLON.

Deux fois plus de défaillances à venir ?

Le second semestre sera d’un tout autre niveau de difficultés. Si les projections de 4000 à 5000 défaillances supplémentaires par rapport à 2019 devaient se confirmer, nous dépasserions les 57 000 jugements d’ouverture en 2020. Considérant que 2020 est, à ce stade, « amputée » de 10 000 défauts depuis janvier, on peut prévoir une forte accélération des procédures concentrée sur la période septembre – décembre 2020. Nous pourrions compter alors deux fois plus de procédures qu’en temps normal.

Ouvertures de procédures collectives, accompagnement en solutions préventives, suites de procédures, les tribunaux pourraient bien devoir passer d’une phase d’activité ralentie pendant le confinement à une phase de sévère engorgement nécessitant de doubler le nombre d’audiences. « Certes, jusqu’au 23 août, le dirigeant ne sera pas inquiété si sa seule faute est le défaut de DCP (déclaration de cessation de paiement) sous 45 jours, pourtant, justement parce que la période “suspecte” de cessation de paiement est mise entre parenthèses, le dirigeant en difficulté devrait solliciter le tribunal avant la fin août et tenter de bénéficier d’un dispositif de prévention auquel plus tard il ne pourra peut-être plus prétendre. Le maelstrom sera d’autant plus violent que les entreprises retarderont la rencontre du juge. » conclut Thierry MILLON.